Note d’information concernant la réévaluation de la balance bénéfices/risques de l’hydrochlorothiazide

Les connaissances sur les cancers induits par les médicaments sont limitées, notamment du fait de la longue période de latence, de divers facteurs de confusion et du manque d’étude pharmaco-épidémiologique.

L’association entre l’hydrochlorothiazide, hypotenseur de la classe des diurétiques et le cancer de la lèvre décrite initialement par une étude américaine en 2009, fut classé par l’IARC comme possiblement cancérigènes pour l’homme, ce phénomène est expliqué par la photosensibilité.

Étant donné l’absence d’études confirmant le lien entre la prise d’hydrochlorothiazide et le développement des cancers chez l’homme ainsi que sa fréquente utilisation en pratique.

Le CNPM recommande alors une utilisation prudente et un suivi intensif chez les patients bénéficiant de ce traitement ayant des facteurs de risques tels que la peau et/ou des yeux clairs, des cheveux roux ou blancs et porteurs de taches de rousseur « phénotype I et II » qui sont à haut risque de développer des carcinomes basocellulaires et épidermoides de la peau.

Cependant, en aucun cas le patient ne doit arrêter son traitement.

Sur la base de deux études observationnelles Danoises publiées en décembre 2017, faisant état d’un risque potentiel de cancer de la peau associé à la prise de l’hydrochlorothiazide, un signal de sécurité a été ouvert devant le comité de pharmacovigilance (PRAC) de l’EMEA en janvier 2018 afin que des investigations soient diligentées et dont les conclusions devraient être à l’ordre du jour du mois de juin.

 

- Les connaissances sur les cancers induits par les médicaments sont limitées, notamment du fait de la longue période de latence, de divers facteurs de confusion et du manque d’étude pharmaco-épidémiologique. Néanmoins, on sait, que les cytotoxiques sont eux mêmes cancérigènes, et les médicaments immunodépresseurs exposent à un risque accru de cancers, en particulier des lymphomes

- Le centre régional de pharmacovigilance de Toulouse a analysé 414 notifications de cancers enregistrés dans les bases nationales françaises de pharmacovigilance entre 1995 et 2006. Le nombre de notification a augmenté de 19 en 1995 à 70 en 2006. Les patients étaient âgés de 2 ans à 95 ans, sans différence de sexe.

- Les types de cancer les plus souvent rapportés ont été des lymphomes (105), des leucémies (58), des carcinomes baso ou spinocellulaires (54). 998 médicaments ont été suspectés, surtout des immunodépresseurs : l’azathioprine, le méthotrexate, des anti-TNF alpha, la ciclosporine, le tacrolimus et des corticoïdes.

- Plusieurs études ont suggéré que le traitement diurétique à long terme peut être associé au développement du cancer.

Ø Une méta-analyse portant sur 9 études cas-témoins et 3 études de cohorte a montré un risque accru de carcinome rénal chez les patients recevant un diurétique, et une autre étude rétrospective a montré que le risque de cancer du côlon était également augmenté .

Ø Bien que le risque ne soit probablement pas significatif chez la plupart des patients, il a été suggéré qu'il devrait être pris en considération lors du choix d'un traitement à long terme chez les patients plus jeunes.

Ø Des rashes et des réactions cutanées ont été rapportés chez des patients prenant des thiazidiques. Les réactions d'hypersensibilité sont parmi les réactions cutanées les plus fréquemment rapportées.

Ø En Australie, le co-amilozide était la préparation la plus couramment impliquée dans la réaction de photosensibilité dans le rapport du Comité consultatif Australien sur les réactions médicamenteuses. Bien que, cela peut refléter l'utilisation élevée de cette préparation. On pense que le mécanisme le plus probable est la phototoxicité, impliquant principalement le rayonnement UVA, bien que les UVB puissent être impliqués dans certains cas.

Ø La photosensibilité chronique ne se produit généralement pas après l'arrêt du médicament, elle peut persister plus longtemps chez certains patients.

- On note également, Jusqu’à sept fois plus de cancers de la lèvre sous hydrochlorothiazide

Ø Depuis qu’une étude Américaine a décrit en 2009 une association entre hydrochlorothiazide et cancer de la lèvre, l’IARC a classé la molécule comme possiblement cancérigène pour l’homme. Des études fondamentales ont expliqué ce phénomène par ses propriétés photosensibilisantes.

- L’équipe Danoise a confirmé ce lien plus récemment dans une étude de population cherchant exhaustivement les liens existants entre prescriptions thérapeutiques et incidence des cancers : elle avait identifié un lien entre cancer de la lèvre d’une part et la prescription d’une combinaison hydrochlorothiazide et amiloride d’autre part :

Ø 633 cas confirmés ont été analysés et comparés à 63.067 sujets contrôles.

Ø L’association entre la molécule et le cancer était dose-dépendante.

Ø Aucune association n’a été identifiée entre la survenue de cancer de la lèvre et la prescription de bendrofluméthiazide, de furosémide, d’inhibiteurs de l’enzyme de conversion ou des antagonistes des récepteurs de l’angiotensine-II.

En conclusion :

L’hydrochlorothiazide, médicament à visée cardiovasculaire, appartenant à la classe des médicaments diurétiques, administré pour corriger la rétention de liquide dans les tissus (œdème) en éliminant l’excès de sel et d’eau dans l’organisme, il permet aussi d’abaisser la pression artérielle.

Néanmoins, il présente, une propriété photosensibilisante, ce qui pourrait expliquer son classement comme agents carcinogènes avec des données limitées chez l’homme.

Etant donnée, l’absence de données confirmant le lien entre la prise de l’hydrochlorothiazide et le développement de cancer chez l’homme, ainsi que sa fréquente utilisation en pratique.

Le CNPM, recommande de l’utiliser avec prudence et un suivi intensif s’impose chez les patients bénéficiant de ce traitement et présentant des facteurs de risques tels que la peau clair, des yeux clairs, des cheveux roux ou blonds et porteurs de nombreuses taches de rousseur « phénotype I et II » qui sont à risque élevé de carcinome basocellulaire et épidermoides cutané.

Cependant, en aucun cas le patient doit arrêter son traitement.

Réf :

1. Durrieu G et coll. " Drug and cancer: a review of the French Pharmacovigilance database" 30e journées de pharmacovigilance, Marseille: 15-17 avril 2009. Fundamental Clin Pharmacol 2009; 23 (suppl 1): 34 (abstract 170).

2. Martindale. Volume A, 37 eme édition. Pages : 1438.

3. American journal of dermatology : Site web : http://www.jaad.org/article/S0190-9622(17)32741-X/fulltext

4. Prescrire rédaction"1-1. Patients sous anticancéreux (généralités)" Rev Prescrire 2008 ; 28 (302 suppl. interaction médicamenteuses).

5. Prescrire rédaction" Leucémie dues à la mitoxantrone" Rev Prescrire 2006 ; 26 (277) : 749-753.

6. Prescrire rédaction"10-1-1. Patients greffés. Effets indésirables communs aux immunodépresseurs" Rev Prescrire 2008 ; 28 (302 suppl. interaction médicamenteuses).

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